Un simple risotto qui vous bouleverse, un tiramisu qui vous ramène à la table de votre grand-mère… Dans ce restaurant familial élu « Italien de l’année », la cuisine ne se contente pas de remplir l’assiette. Elle raconte une histoire. Celle d’un chef sicilien qui a fait de chaque grain de riz une petite œuvre d’art.
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Un restaurant familial devenu « Italien de l’année »
À Yvoir, en province de Namur, un restaurant discret fait beaucoup parler de lui. L’enseigne, de style contemporain mais à l’ambiance chaleureuse, vient d’être élue « Meilleur restaurant italien de l’année » par le guide Gault & Millau. Une belle reconnaissance pour une maison familiale qui mise tout sur l’authenticité.
Aux commandes, Emanuele Indorato, chef sicilien arrivé en Belgique il y a un peu plus de treize ans. Il a commencé comme pizzaïolo, il a appris le français sur le tas, puis il a gravi les échelons, de trattoria en palais italien. Aujourd’hui, il signe une cuisine qui mélange son héritage de Sicile et une touche française pour l’élégance des assiettes.
La philosophie du chef : peu d’ingrédients, beaucoup d’âme
Le secret de cette table primée tient en trois piliers. De très bons produits, le respect des saisons et une volonté profonde de mettre en avant la vraie cuisine italienne. Pas d’esbroufe, pas d’effets de mode inutiles. Chaque plat doit être lisible, sincère, et surtout, généreux en goût.
Le menu se décline en trois ou quatre services. Il existe aussi une formule où les clients laissent le chef entièrement libre. Ils s’assoient, ils font confiance. Et ils se laissent porter par une succession de plats pensés comme un voyage, de la Sicile aux rives de la Meuse.
Un risotto élevé au rang d’œuvre d’art
Au cœur de ce voyage, il y a un plat qui fait presque l’unanimité. Le risotto. En Italie, un risotto raté, trop cuit ou trop lourd, c’est presque une faute de respect. Ici, il devient la star de la maison. Les saveurs sont profondes, la texture est crémeuse tout en restant parfaitement al dente.
Le chef marie un taleggio vieilli huit ans, de la poire, des noix et un riz travaillé au millimètre près. Le résultat est surprenant. Légèrement fruité, rond, avec ce côté noisetté apporté par les noix. Rien d’agressif, tout est en équilibre. Dans ce plat, on sent autant la technique que l’émotion.
Recette inspirée : risotto au taleggio, poire et noix
Vous avez envie de retrouver un peu de cette magie chez vous ? Voici une recette inspirée de cet esprit, adaptée pour votre cuisine. Elle ne prétend pas copier le plat du chef, mais elle vous guidera vers un risotto qui sort vraiment de l’ordinaire.
Ingrédients pour 4 personnes
- 320 g de riz arborio ou carnaroli
- 1 litre de bouillon de légumes chaud
- 1 échalote finement ciselée
- 20 cl de vin blanc sec
- 40 g de beurre (20 g pour la cuisson, 20 g pour la finition)
- 2 c. à soupe d’huile d’olive
- 150 g de taleggio coupé en petits dés
- 2 poires mûres mais fermes (type Conférence)
- 40 g de noix grossièrement concassées
- 40 g de parmesan râpé
- Sel fin et poivre du moulin
Préparation étape par étape
- Épluchez les poires, retirez le cœur et coupez-les en petits dés. Faites-les revenir 3 à 4 minutes dans 10 g de beurre, juste pour les attendrir. Réservez.
- Dans une grande casserole, faites chauffer l’huile d’olive avec 20 g de beurre. Ajoutez l’échalote et faites-la suer à feu doux sans coloration.
- Versez le riz et faites-le nacrer 2 à 3 minutes. Les grains doivent devenir légèrement translucides.
- Déglacez avec le vin blanc. Laissez évaporer presque complètement en remuant.
- Ajoutez ensuite le bouillon chaud, louche par louche. Attendez que le liquide soit presque absorbé avant d’en rajouter. Remuez régulièrement. Comptez 16 à 18 minutes de cuisson pour un risotto al dente.
- À mi-cuisson, ajoutez la moitié des dés de poire et la moitié des noix. Mélangez délicatement.
- Quand le riz est cuit mais encore légèrement ferme au centre, retirez du feu. Incorporez le taleggio, le parmesan et les 20 g de beurre restants. Poivrez, ajustez le sel si besoin.
- Couvrez et laissez reposer 2 minutes. Le risotto doit rester crémeux, pas compact.
- Servez aussitôt, avec le reste de poire et de noix par-dessus pour le contraste de textures.
Légumes de Sicile : une « cuisine pauvre » qui rend riche
Le chef le répète souvent. La cuisine sicilienne vient d’une tradition modeste. Peu de viande, très peu de luxe. Ce qui fait la richesse des tables, ce sont les légumes. Tomates, aubergines, poivrons, fenouil, agrumes… La terre et le soleil font le travail.
Dans son restaurant, cette philosophie reste au centre de l’assiette. Un bar ultra frais, cuit juste nacré, est servi avec poireau, lait battu au kaffir lime et couteau de mer. La protéine est importante, bien sûr. Mais ce sont les légumes et la sauce qui portent vraiment le plat, qui lui donnent sa personnalité.
Du four à pizza au tiramisu de haute couture
L’histoire d’Emanuele est aussi celle d’une ascension patiente. Fils d’agriculteurs en Sicile, il quitte son île, arrive en Belgique, apprend une nouvelle langue, découvre un nouveau public. Il commence derrière un four à pizza, puis affine sa technique dans différentes maisons italiennes.
Aujourd’hui, son tiramisu est cité comme un exemple de justesse. Pas trop sucré, bien équilibré, crémeux sans être lourd. C’est le genre de dessert qui termine un repas sur une note douce mais claire. Un peu comme un dernier mot chuchoté avant de se lever de table.
Ce que vous pouvez retenir pour votre propre cuisine
Même si vous ne cuisinez pas comme un chef étoilé, plusieurs principes de cette table « Italienne de l’année » peuvent transformer vos plats du quotidien. D’abord, choisissez moins d’ingrédients, mais mieux. Un bon fromage, une huile d’olive correcte, des légumes de saison. Ensuite, travaillez vos cuissons. Un poisson légèrement nacré, un risotto al dente, des légumes encore croquants, cela change tout.
Enfin, osez raconter quelque chose dans l’assiette. Un souvenir d’enfance, un produit de votre région, un plat qui vous rappelle un voyage. La cuisine italienne, même en Belgique, reste avant tout une histoire de cœur, de famille et de partage.


